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Rien ne les amuse davantage que le spectacle du désespoir ! Cessez donc de manger des choux à la crème et munissez-vous plutôt d'un miroir, que vous brandirez devant le premier malheureux croisant votre chemin. Ainsi vous aurez sans doute l'occasion de l'observer s'extrayant gracieusement de la plus noire mélancolie pour sauter dans le rire, spectacle inoubliable !
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| On l'a
déjà dit — ou peut-être bien que non —, certains
zérotoutronds sont franchement portés sur la bouteille
et boivent comme
des trous bien arrondis (c'est qu'ils ont un peu tendance à se prendre pour des
Chinois, en particulier pour Li Po*). Ils fument également cigarette
sur cigarette, telles des cheminées de crématoriums, et avec la bouche dessinant un zéro
ils font des ronds de fumée noire. Mais on ne trouvera personne pour le leur
reprocher car les
défenseurs
d'une vie sobre manqueraient singulièrement d'arguments. Pour des raisons encore non
élucidées les
alcooliques
et les enfumés sont en effet, parmi les zérotoutronds, ceux qui
s'éteignent le plus tôt, or, on l'a dit — ou peut-être pas encore —, il est
assez bien vu chez lez Z. de tirer discrètement sa révérence avant
l'apparition des premiers cheveux blancs (règle de bienséance qui, soit dit en
passant, n'est que très rarement observée car on se moque tout à fait
de la bienséance).
*L'auteur (au VIIIème siècle de notre ère) de ces vers (parmi de nombreux autres) : mon
cheval moucheté, ma fourrure à mille pièces en or / j’appelle un garçon,
qu’il aille les échanger contre du bon vin / noyons ensemble la
tristesse de dix mille générations.
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Le Z. est passé maître en l'art de la prestidigitation. Il transforme la boue en or et inversement, il transforme un échec en succès, une bravade en caresse, une chanson mièvre en sonnet shakespearien.
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| Parfois
l'alcool n'est pas nécessaire, non, c'est l'excès de rondeur qui l'enivre (L’âme,
ravie, au septième ciel)
jusqu'à le faire
rouler
(Le
corps, plus humble, sous les tables).
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FUMANT
SEUL SOUS LA LUNE Il
est environ 1 heure du matin. Après
une morne soirée passée devant la télévision j’ai l’impression,
assez vague, d’être mort. Je décide donc, pour me défaire de cette
impression somme toute assez désagréable, d’aller fumer une cigarette dans le jardin
subtilement éclairé
par la lune. Cette
dernière avec
la cigarette, mon ombre et moi : ça fait 4. Mes
3 compagnons restent silencieux et je leur en suis reconnaissant. J’ai dans la tête encore un poème de Li Po lu dans l’après-midi (que le traducteur a intitulé Buvant seul sous la lune), ainsi que le mot étourdissement entendu, lui, à la télévision. Sous
mes pas craque l’herbe blanchie par le givre. La cigarette m’étourdit un peu, sensation qu’accentue (à cause d’une légère raideur dans la nuque) la position de la tête renversée en arrière pour la contemplation de l’astre au front d’argent (comme disent les poètes en mal d’inspiration) à laquelle je me prépare. Très
vite j’ai le sentiment délicieux du dérisoire de mon être, et de ces
quelques pensées, que je vois très distinctement se dissoudre dans la
rumeur du monde ; et je crois entendre quelque chose comme le chuintement
de la mécanique céleste. Écrasé,
ravi, solidaire
et détaché. Enthousiaste
et soupçonneux. Chérissant
la vie, et souhaitant la risquer.
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| C'est contre les pensées et pour sauver ma peau que j'écris. | Il a été question
d'Histoire des zérotoutronds mais le terme est impropre, cette discipline
étant inconnue chez eux. Depuis
la nuit des temps en effet,
les zérotoutronds étant totalement dépourvus
d'esprit
d'initiative,
rien n'a notoirement changé
dans leurs mœurs
ni dans leur environnement.
Le temps rond est circulaire.
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La pudeur est embarrassante pour le zérotoutrond, la timidité l'intimide.
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