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Il y a d'intéressants poètes. L'un d'entre eux a pu écrire ceci par exemple, que l'on étudie maintenant dans les écoles : « Ô rondeur ! Rondeur du rond ! Exquise rondeur du zéro, infinie rondeur du tout, rond ronron du rond rond. Face à toi comme sous la Grande Roue du Destin je m'incline, je fais le dos rond.»
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Le zérotoutrond, tel le Dieu des Juifs, ne se représente pas. Il arriva pourtant qu'un illuminé s'y essaie, ne craignant pas de transgresser cet immémorial tabou. Après une vie passée à étudier des statistiques, une vie d'infinis calculs savants, il arriva à ce résultat (qui fut aussitôt jugé délirant par toute la ronde communauté) : |
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Mais sur ce point encore, je suis provisoirement une énigme pour moi-même. Peut-être y a-t-il en moi un homme vil, très vil. Peut-être au contraire ai-je du sang aristocratique dans les veines. Je l'ignore. Mais ce que je sais, c'est que je serai plus tard un ravissant zéro tout rond. Dans ma vieillesse, il me faudra servir de jeunes rustres sûrs d'eux-mêmes et mal élevés, ou bien j'irai mendier, ou je périrai.
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Les écoles Z. connaissent un immense succès qui s'explique aisément par leur haut niveau d'exigence : elles sont parvenues jusqu'ici à ne pas produire le moindre diplômé. On y afflue de partout. Même des Aplatis aspirent à s'y faire instruire. Elles sont donc contraintes de refuser beaucoup de monde quoiqu'elles ne refusent personne. Les zérotoutronds fuient les diplômes et les obligations qui vont avec comme la peste . Ils n'ont aucun sens du devoir, ils ne connaissent pas le sens du mot "devoir", hormis dans deux expressions obstinément idiomatiques : "Devoir d'idiotie" et "Devoir de n'importe quoi". On l'a dit d'ailleurs ailleurs : ils ne connaissent pas, d'une manière générale, le sens des mots (même de ceux qu'ils emploient le plus fréquemment). Mais on a oublié de dire : ils en font parfois des boules qu'ils jettent sur les pages ou dans l'air. Ils les ont délivrés de l'obligation péremptoire de signifier. Ils se promènent toujours avec quelques mots dans les poches, leurs amis du jour, avec aussi quelques esclaves et quelques maîtres.
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Ce qui les emplit
de joie : l'innocence et l'irresponsabilité. L'inouïe légèreté qui
découle du très profond sentiment de n'être rien. Le Z. ne pense jamais
à faire le bonheur d'un autre Z. et ne laisserait jamais un autre Z.
s'inquiéter de son propre bonheur. Le bonheur les enveloppe, les rejette,
puis les reprend, sans rien leur demander. Les Z. ont été épargnés par l'espoir. Leur
désespoir éclatant allume des feux de joie, dont ils ornent leurs
campements de fortune.
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Phrases : Il
est mieux de rêver d’art et de raffinement à la campagne, que de rêver
de nature et de simplicité à Paris. J’aime
mieux un pommier qu’un architecte, j’aime mieux un poème de mon épicier
qu’un monsieur très cultivé. Il
est plus amusant d’écrire, sur un sujet auquel on ne connaît rien, des
textes dont personne ne voudra, que de se rendre à un entretien de
travail. Quand
on est bien rond on n’a pas besoin d’apprendre. Seuls les mal emplis
doivent être sans cesse remplis. Il y a des gens qui lisent pour en savoir plus long, il y a des gens qui voyagent pour connaître le monde, il y a des gens qui fréquentent les zérotoutronds pour les percer à jour. Contre cela il n’y a rien à faire.
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